Ampleur du harcèlement

Ampleur du harcèlement sexuel

Depuis que le terme « harcèlement sexuel » s'est imposé pour nommer une réalité historiquement fort ancienne, soit la présence importante de conduites non désirées à caractère sexuel envers les femmes en particulier, plusieurs observations empiriques ont permis de documenter l'ampleur du phénomène. Les études réalisées ont surtout porté sur les milieux de travail et sur les milieux d'étude postsecondaire. Il est toujours difficile de comparer les résultats d'une étude à l'autre, car les échantillons sont différents et les définitions, de même que les instruments de mesure, varient.

Dans l'Enquête sur la violence envers les femmes menée en 1993 par Statistique Canada, les résultats ont indiqué que 6 % des Canadiennes de 18 ans et plus occupant un emploi avaient été victimes d'au moins une forme de harcèlement sexuel au travail de la part d'un homme pendant les 12 mois précédant l'enquête. Cette proportion représentait 389 000 femmes. Les femmes de 18 à 24 ans étaient les plus vulnérables, avec un taux annuel de 10 %. Considérant l'ensemble de la vie active, c'est 23 % des Canadiennes, soit 2,4 millions de femmes qui ont rapporté avoir vécu du harcèlement sexuel relié au travail (Johnson, H. 1994. « Le harcèlement sexuel et le travail », PERSPECTIVE, Statistique Canada : 11-15). La définition du harcèlement sexuel retenue dans cette enquête n'incluait pas les attouchements et les agressions à caractère sexuel, l'enquête assimilant ces actes à l'agression sexuelle. Les résultats montrent que 6 % des femmes ont déclaré avoir été victimes d'une agression sexuelle reliée au travail, les attouchements étant plus fréquents que l'activité sexuelle forcée (5 % c. 1 %).

Au Québec, dans un sondage réalisé en 1994 par Le Groupe Léger et Léger (Projet 029\940B) pour le Journal de Montréal auprès de personnes de 18 ans et plus, 8,7 % des répondants et répondantes révélaient avoir déjà été la cible de harcèlement sexuel, en contexte de travail ou ailleurs. Les proportions étaient de 13,6 % chez les femmes et de 3,3 % chez les hommes.

Plus récemment, l'Enquête sociale et de santé 1998 réalisée auprès d'un très large échantillon par l'Institut de la statistique du Québec examinait la présence de paroles et de gestes à caractère sexuel non désirés au travail auprès de la population de 15 ans et plus occupant un emploi rémunéré. Les résultats montrent que 8 % des travailleuses et 2 % des travailleurs rapportent avoir fait l'objet de tels gestes ou paroles au travail pendant une période de 12 mois. Encore là, les jeunes femmes sont les plus concernées avec un taux atteignant 13 % chez les 15-24 ans (Arcand, R., Labrèche, F. et Stock, S., Messing, K. et Tissot, F. 2000. « Travail et santé », dans Enquête sociale et de santé 1998, Chapitre 26, Institut de la statistique du Québec : 525-570).

À l'Université de Montréal, un sondage sur le harcèlement sexuel a été effectué en 1995 auprès d'un échantillon représentatif de toutes les catégories de membres de la communauté universitaire (Cantin, S. et Proulx, C. 1995. À l'Université comme ailleurs. Rapport du sondage sur le harcèlement sexuel mené à l'Université de Montréal, Bureau d'intervention en matière de harcèlement sexuel, Université de Montréal). Les résultats de ce sondage confirment que, à l'Université comme ailleurs, le harcèlement sexuel existe et qu'il est peu dénoncé. À la question « Considérez-vous avoir été personnellement l'objet de harcèlement sexuel ou d'agression sexuelle dans le cadre de vos activités à l'Université de Montréal, que ce soit sur le campus ou ailleurs? », 12,8 % des femmes membres du personnel de soutien, 10,1 % des enseignantes, 7,2 % des femmes cadres ou professionnelles et 4,5 % des étudiantes ont répondu par l'affirmative. La proportion plus faible chez les étudiantes est essentiellement due à leur plus courte durée de vie à l'Université. Du côté des hommes, c'est pour leur part 5,8 % des membres du personnel de soutien, 3,3 % des enseignants, 2,4 % des cadres ou professionnels et 1,8 % des étudiants qui ont répondu par l'affirmative. Par ailleurs, le sondage demandait aussi aux répondantes et répondants si elles ou ils avaient déjà été la cible d'une liste de comportements à connotation sexuelle importuns, contraignants ou agressifs. La moitié des femmes et le tiers des hommes ayant répondu au questionnaire ont rapporté avoir vécu au moins un des comportements énoncés.

Pour plus de détails, cliquez sur Sondage 1995. On peut obtenir une copie du rapport auprès du Bureau d'intervention en matière de harcèlement.

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